Si les boulangers étaient fonctionnaires

Le 12-01-2014, modifié le 17-04-2014

Si les boulangers étaient fonctionnaires
Qu’aurions-nous à manger les jours de grève ?
La galette des Rois cachant sa fève
Qui se sera levé tôt pour la faire ?

Si les découvreurs étaient fonctionnaires
Corsetés empêchés de travailler
Comment pourraient-ils inventer créer
Aider à construire un autre univers ?

Si les artistes étaient fonctionnaires
Ils perdraient du temps à compter leurs heures
Mous à la tâche opposés au labeur
Leurs oeuvres resteraient très ordinaires

Si les poètes étaient fonctionnaires
Où puiseraient-ils leur inspiration ?
Englués dans leurs revendications
Pourquoi se démèneraient-ils pour plaire ?

Si les maraichers étaient fonctionnaires
Se lèveraient-ils si tôt le matin
Pour vendre leurs produits aux citadins
Par tous les temps en été comme hiver ?

Si les serveurs étaient des fonctionnaires
Seraient-ils aussi vifs gais empressés
A apporter bières sodas cafés
Aux clients pressés pour les satisfaire ?

Chacun aspire à être fonctionnaire
Eloigné des responsabilités
Payé en fin de mois même alité
L’emploi garanti pour ne pas s’en faire

C’est devenu pour tous la grande affaire
Se consacrer à la chose publique
Se faufiler dans le cocon magique
Être entretenu jusqu’au cimetière

Quel que soit ce que vous avez à faire
Être présent suffit donner le change
Vous ne courrez pas après les louanges
La satisfaction des commanditaires

Tous n’ont pas un esprit si délétère
Par naïveté ou habileté
Ils manifestent leur utilité
Certains y croient s’efforcent de bien faire

Certaines fonctions sans en avoir l’air
Le plus souvent objets de répulsion
Réclament statut aide et protection
Comme les policiers les infirmières

Leur métier exige des sacrifices
Ils galèrent à faire leur travail
Soyons honnête et rendons leur justice
Ils doivent survivre dans la grisaille

A tous les fonctionnaires
Ne jetons pas la pierre

2 commentaires

  1. Je pense que le statut de fonctionnaire pourrait au contraire servir le poète, tant que l’obligation de résultat ne lui soit pas imposée et que la parole reste libre. Et le boulanger, s’il était fonctionnaire, serait-il toujours obligé d’acheter de l’acide ascorbique et du gluten de synthèse pour rendre la pâte panifiable ? Ne pourrait-il pas enfin se libérer des contraintes du marché de produire toujours à moindre coûts et s’adresser au minotier, lui-même fonctionnaire, et lui commander une farine saine car élaborée à partir de blés cultivés par des fonctionnaires qui ne soient pas soumis à l’injonction marchande et empêtrés dans la spirale des crédits pour pourvoir payer le tracteur et les semences roundup ready ?

    1. Pour Jacques, c’est le fonctionnaire qui est libre et non l’artisan. C’est le monde à l’envers et les enfermés dans la caverne n’ont aucune conscience de leur aliénation. Le fonctionnaire se croit libre car, quel que soit son travail ou son non travail, il est payé à la fin du mois, c’est un petit marquis auto-satisfait. Cela donne une illusion d’importance, mais l’obligation de résultat ne suit pas, ce qui aboutit à un chaos social dont les grèves, les accidents, les dysfonctionnements infinis témoignent. Le fonctionnaire vit dans un monde parallèle à la réalité. Pourtant quelquefois cette réalité le rattrape comme on l’a vu avec l’effondrement des pays socialistes à l’intérieur du rideau de fer. Il y a des nostalgiques du Goulag dont Jacques fait partie… Il doit être jeune.

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